OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Collateral murder: Wikileaks vs US army http://owni.fr/2010/07/06/massacre-dans-le-respect-de-la-loi-durant-un-conflit-arme/ http://owni.fr/2010/07/06/massacre-dans-le-respect-de-la-loi-durant-un-conflit-arme/#comments Tue, 06 Jul 2010 09:22:12 +0000 Jean-Noël Lafargue http://owni.fr/?p=11669 Nous republions ici l’article de Jean-Noël Lafargue, publié sur “Le dernier des blogs” en avril. L’occasion de revenir sur la première grosse fuite émanant de Wikileaks, qui a très récemment publier une base de données d’informations sensibles sur la guerre en Afghanistan.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Collateral Murder est le genre de documents qui permettent de trancher définitivement la question de la valeur du réseau Internet en tant que média d’information. Au delà des débats sans fin qui portent sur les vidéos « buzz », anecdotiques, séparées de leur contexte, où tel ou tel homme politique est montré d’une manière peu avantageuse, au delà de la question de la circulation de rumeurs qui faisaient dire à Jacques Séguéla que « Le Net est la plus grande saloperie inventée par l’homme », il existe des images de première importance que nous ne connaîtrions pas sans Internet, et c’est le cas ici.

L’agence Reuters a réclamé pendant un an de pouvoir visionner un enregistrement vidéo apte à révéler dans quelles conditions exactes sont morts deux de ses correspondants en Irak, supposément pris entre deux feux en juillet 2007. L’armée américaine a jusqu’ici traîné des pieds à fournir ces images, et il y a une bonne raison à ça : pris pour des combattants par des soldats américains qui ont confondu leurs caméras avec des fusils AK47, les deux journalistes ont été abattus sans pitié depuis un hélicoptère, tout comme une dizaine de personnes qui se trouvaient près d’eux. Une camionnette, dont les occupants étaient venus secourir les blessés, a essuyé le feu de la même manière, blessant très gravement deux enfants dont on n’a apparemment plus eu de nouvelles ensuite. L’erreur est incompréhensible, les images montrent le meurtre froid d’hommes surpris d’être fusillés sans raison et sans avoir eu la moindre chance de s’expliquer.

Les images, comme c’était déjà le cas du film Anaconda Target de Dominic Angerame, montrent bien à quel point une vision lointaine — on voit les corps et les mouvements mais on ne distingue pas les visages ni même la nature des objets de manière précise — rend possible les actions les plus inhumaines.

Le site web qui a révélé ces images, WikiLeaks, est spécialisé dans la mise à disposition du public de documents confidentiels. Garantissant l’anonymat de leurs sources par un procédé de transfert de fichiers très évolué, les créateurs de ce site ont mis à jour de nombreux faits d’importance diverse, allant du contenu de la mailbox de Sarah Pallin à des révélations scandaleuses sur l’industrie pétrolière Péruvienne, la prison de Guantanamo, les négociations du traité ACTA, le trafic de déchets dangereux dans des pays en développement ou encore la littérature interne de l’Église de Scientologie. Au total, plus d’un million de documents. WikiLeaks a un peu de difficultés à assurer sa pérennité et survit grâce à des dons.

Récemment, Wikileaks a publié un rapport issu du département de la défense américain qui le concerne, posant la question de la manière dont ce site doit être traité, et hésite entre deux politiques : l’utiliser à fins de propagande et de désinformation, ou bien le discréditer et le détruire en s’acharnant sur ceux qui y participent notamment. La rumeur prétend que WikiLeaks compte déménager et se placer sous la protection de la loi Islandaise. En effet, le pays des Geysers est en train de mettre au point une loi sans précédent inspirée par le meilleur des législations les plus libérales au monde en matière de protection de la presse. Ce processus, baptisé Icelandic Modern Media Initiative, est malheureusement à contre-courant de ce qui se passe dans l’ensemble des autres pays de la planète. Wikileaks est notamment censuré en Chine, en Israël, en Russie, au Vietnâm au Zimbabwe et nombre de ses pages sont apparemment filtrées par l’équivalent australien d’Hadopi.

À lire : l’article du Guardian (en anglais)

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Comment les grands de la presse font leurs liens? http://owni.fr/2010/07/05/comment-les-grands-de-la-presse-font-leurs-liens/ http://owni.fr/2010/07/05/comment-les-grands-de-la-presse-font-leurs-liens/#comments Mon, 05 Jul 2010 17:33:57 +0000 Jonathan Stray http://owni.fr/?p=20588 Les liens peuvent ajouter beaucoup de valeur aux articles, mais la profession de journaliste dans son ensemble a pris du temps pour les prendre au sérieux. C’est ma conclusion après plusieurs mois de discussion avec les journalistes et leurs employeurs sur les pratiques en matière de liens. J’ai également effectué un relevé du  nombre et du type de liens de centaines d’articles.

Wikipedia dispose d’un guide sur les styles de liens contenant près de 5.000 mots. C’est peut-être excessif, mais au moins c’est détaillé. Je me suis demandé ce que les professionnels des rédactions pensaient des liens, j’en ai donc contacté un certain nombre et leur ai demandé s’il existait des instructions données aux journalistes dans ce domaine. J’ai eu des réponses, mais parfois des réponses vagues.

Dans ce billet, je reproduis ces réponses, et dans le prochain, je discuterai les résultats de mon enquête sur la façon dont les liens sont en fait utilisés sur les sites d’une douzaine de médias d’information.

Jeff Jarvis a raison: "Si vous ne voyez pas pourquoi les gens feraient un lien vers ce que vous écrivez, ne l'écrivez pas"

La BBC a rendu public ses intentions en matière de liens dans un billet du 19 mars du responsable du site Steve Herrmann.

Les liens relatifs ont de l’importance : ils font partie de la valeur que vous ajoutez à votre article – prenez-les au sérieux et faites-les avec soin ; proposez toujours le lien vers la source de votre article quand vous le pouvez ; si vous mentionnez ou citez une autre publication – journal, site – faites un lien vers eux : vous pouvez, si c’est approprié, faire des liens profonds [deep link NDT] ; c’est-à-dire un lien vers la page spécifique d’un site, celle qui correspond au sujet.

J’avais déjà demandé à Herrmann des détails et rapporté ses réponses. Puis j’ai envoyé ce paragraphe à d’autres médias d’information et leur ai demandé leur politique en matière de lien. Un porte-parole du New York Times a écrit :

Oui, le conseils que nous proposons à nos journalistes sont très proches de ceux de la BBC, en ce que nous les encourageons à inclure des liens, quand c’est approprié, vers les sources et d’autres informations pertinentes

La personne en charge du Washington Post, Raju Narisetti, fait des remarques semblables mais souligne que le Post encourage les liens profonds.

Alors que nous n’avons pas encore de guide formel sur les liens, nous encourageons activement les reporters, en particulier nos blogueurs, à linker vers des sources en ligne pertinentes et fiables, en dehors du site du Washington Post. Ce faisant, nous les encourageons à être contextuel, en établissant des liens  vers un contenu spécifique plutôt que vers un site générique afin que nos lecteurs atteignent l’information dont ils ont besoin rapidement.

Pourquoi une personne ne ferait-elle pas un lien vers la page exacte ? Dans le monde de la publication d’informations, le lien profond est un vieux sujet à controverse, qui a commencé avec l’affaire Shetland Times vs. Shetland News en 1996.

The Wall Street Journal et Dow Jones Newswires ne communiquent pas autour de leur politique de lien, comme un porte-parole me l’a expliqué :

Comme vous pouvez le constater sur le site, nous faisons des liens vers de nombreux sites de news et des sources extérieurs. Mais malheureusement, nous ne discutons pas publiquement de nos politiques, nous n’avons donc personne pour développer le sujet.

À partir de ces remarques, j’ai confirmé que Dow Jones Newswires ne faisait pas de liens vers des sources fiables même si elles étaient disponibles en ligne. J’ai trouvé un article qui révélait une information sur une entreprise, recherché la source de cette info sur le site de la Bourse et appelé le journaliste pour savoir si c’était bien la source de son article, ce qu’il a confirmé. Il serait pourtant injuste de désigner Dow Jones comme l’unique mauvais élève, parce que les fils d’informations et agences de presse ne pratiquent pas beaucoup le lien. 

L’Associated press n’inclut pas de liens dans ses articles, bien qu’ils ajoutent parfois des liens dans la rubrique “Sur le Net” en bas des articles. Un porte-parole nous explique :

Pour faire court, c’est une contrainte technique. Nous avons expérimenté l’inclusion de liens depuis une année environ mais nous avions des difficultés étant donné la grande variété de systèmes, en amont et en aval, qui se servent de nos articles. L’AP compte beaucoup d’abonnés, dont 1500 journaux et des milliers de sites commerciaux.

Reuters a différentes manière de faire des liens  à partir d’articles issus de la production de son bureau professionnel, incluant des liens vers des documents et des articles anciens de Reuters, bien que ces liens ne soient pas toujours des URL standards. Leurs dépêches n’incluent pas de liens. Un porte-parole, en off, m’a expliqué que, comme AP, beaucoup de leurs clients ne pourraient pas traiter les liens inclus – et aucun éditeur  ne veut être forcé à retirer manuellement le HTLM embeddé. Elle a aussi dit que Reuters se considère comme une source d’information faisant autorité qui peut être utilisée sans faire de plus amples vérifications. Je comprends son point de vue mais je ne le considère pas comme une raison de ne pas pointer vers des sources publiques.

Les fils d’informations et agences de presse sont dans une situation délicate. Non seulement beaucoup de leurs clients sont incapables de traiter du HTML mais il est souvent impossible d’inclure des liens dans des dépêches – soit parce qu’ils ne sont pas en ligne, soit parce qu’ils sont repris sur plusieurs sites d’abonnés.

Cela souligne un problème non résolu avec l’abonnement et le lien en général : si chaque abonné au flux publie les articles  sur son propre site, il n’y a pas d’URL de référence qui peut être utilisée par le créateur du contenu pour se référer à un article en particulier. (AP réfléchit à cela.)

Ce genre de problème technique constitue définitivement une barrière, et des personnels de plusieurs rédactions m’ont dit que leur CMS développé pour le print ne gère pas bien les liens. Il n’y a pas non plus de standards pour classer les articles avec des liens – une copie peut être faite en word mais il est improbable que les liens survivent en étant plusieurs fois envoyés par mail, coupés et collés, et passés à travers plusieurs systèmes différents.

Mais les obstacles techniques n’ont pas beaucoup d’importance si les journalistes n’accordent pas assez de valeur aux liens pour les inclure dans leurs articles. Dans la discussion avec les membres de différentes rédactions, j’ai fréquemment entendu que les enjeux culturels sont un obstacle. Quand le papier est considéré comme ce qui prime, ajouter des liens est ressenti comme du travail supplémentaire pour le journaliste, plutôt que comme un aspect essentiel de la mise en forme du storytelling. Certains éditeurs suspectent aussi les liens d’“envoyer les lecteurs vers d’autres sites”.

En lisant entre les lignes, il semble que la plupart des rédactions ont encore à s’engager fortement à faire des liens. Cela expliquerait le caractère flou de certaines des réponses que j’ai reçues, où les médias d’information “encouragent” leurs journalistes ou propose un “guide” sur le lien. Si, comme je le crois, les liens sont une partie essentielle du journalisme en ligne, alors la profession a un boulevard pour exploiter le medium digital. Dans mon prochain post, j’analyserai quelques chiffres sur la façon dont différents médias d’information utilisent les liens actuellement.

Article initialement publié sur le Nieman Lab ; les liens sont en anglais ; traduction Sabine Blanc et Guillaume Ledit.

Crédits photos CC Flickr …-Wink-…

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Reuters et AFP tombent (à leur tour) dans le tout à l’égout ! http://owni.fr/2009/09/12/apres-olivennes-hadopi-reuters-afp-tombent-dans-le-tout-a-l-egout-internet/ http://owni.fr/2009/09/12/apres-olivennes-hadopi-reuters-afp-tombent-dans-le-tout-a-l-egout-internet/#comments Sat, 12 Sep 2009 16:39:39 +0000 Nicolas Voisin http://owni.fr/?p=3541 Internet est un “tout à l’égout” répète en boucle ce cher Olivennes (patron de l’ex-Obs et père caché de Zara Hadopi) semble-t-il en phase avec l’AFP et Reuters, qui se prennent salement les pieds dans les fils ces temps-ci…

Michaelski le dessine mieux que nul autre ne le décrit (voir le strip intégrale). Pierre Haski ce matin a également vue rouge et trainé France 3 dans ce grand bain de boue. C’est qu’il faut lire cette dépêche AFP et, pire encore, celle-ci, de Reuters. Amalgames, ratés, erreurs grossières, idées reçues. Tout y passe.

Ce que nul n’ose s’avouer est que ce n’est pas “Internet” qui “se permet des choses” qu’il ne “faudrait pas faire”, non. C’est Internet et Internet seulement où les rares audaces éditoriales, les exceptionnelles expérimentations et les éphémères coups d’épées rédactionnelles (le plus souvent dans l’eau) ont encore parfois lieu.

La vidéo de Ségolène sur les 35h avait été pointée sur mon blog par Le Monde [ndlr : leurs archives sont payantes, les miennes en goguette]. Le papier trappé par Bolloré à propos du Pass-Navigo avait été dévoilé sur mon Twitter suite – déjà – à un refus d’une rédaction nationale majeure de publier l’info. Naguère, même les sites d’information des médias traditionnels et en particulier de presse (la TV n’a pas en France la culture du scoop et de l’info chaude) s’appuyaient sur “le web”, en l’occurrence sur les blogs, pour “balancer”.


Cette semaine, c’est à la Une de son propre site que Le Monde à diffusé la vidéo
(une première – voir capture d’écran ci-dessus). Public Sénat n’avait pas osé diffuser ses propres images. Pas de fuite auprès d’un blogueur pour se défausser (ni de télé belge). Pas de “Pure Player” ou de “journaliste citoyen” ni de portable ou de tweet derrière cette information. Juste un média qui fait son travail: coller à la réalité. La restituer. En assumer les conséquences. Sans jamais réellement parvenir à contextualiser ou analyser les mécanismes à l’œuvre, soit dit en passant (Versac a tenté le coup sur Slate).

Internet n’est pas une poubelle, c’est même la seule surface résiduelle de liberté éditoriale et d’audace journalistique. C’est aussi là que le métier se réinvente (Benoit Raphael parle d’un ADN de l’information qui a changé, contrairement à celui des journalistes, qui résisteraient à se remettre en cause. Et vont trop souvent à l’aumône, rajouterai-je).

Oui, la “blague” de Brice Hortefeux, ministre de l’intérieur, est inadmissible – pour cette seule et unique raison. Car il incarne la République. Oui, il fallait diffuser ces images, quand un seul témoignage écrit du journaliste aurait posé d’autres problèmes. Oui il a fallut s’adosser à Internet pour le faire. Même pour Le Monde. Même pour le JRI de Public Sénat. Oui. Sans internet point de salut ?

Le problème avec les dépêches d’agence bâclées, c’est pas quand il y en a une. Quand il y en a une, ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes, comme on dit en Auvergne.

Article cross-posté depuis Nuesblog /-)

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