OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Facebook: parlez des autres, vous vous ferez des amis http://owni.fr/2010/12/29/facebook-parlez-des-autres-vous-vous-ferez-des-amis/ http://owni.fr/2010/12/29/facebook-parlez-des-autres-vous-vous-ferez-des-amis/#comments Wed, 29 Dec 2010 10:35:50 +0000 Vincent Truffy http://owni.fr/?p=40539 Les statisticiens de Facebook ont décortiqué environ un million de «statuts» anglophones pour comprendre comment fonctionne cet étrange rituel qui occupe chaque jour 12% de ses 500 millions d’utilisateur: expliquer à l’ensemble de ses «amis» ce que l’on est en train de faire («what are you doing right now?», l’invite initiale) ou ce que l’on a en tête («What’s on your mind?»).

Ils se sont également demandé s’il existait des relations de cause à effet entre la composition de ces messages et l’entregent affiché.

Les résultats montrent que les personnes les plus populaires:

1. s’adressent individuellement aux autres (ils emploient plus souvent «tu», éventuellement «nous» plutôt que «je»)
2. publient des statuts plus longs
3. parlent souvent de musique, de sexe et d’argent
4. recourent moins souvent à l’émotion
5. mentionnent moins souvent leur famille
6. utilisent moins souvent le passé et le présent

On remarque donc que les messages qui émergent (ceux qui s’adressent au plus large public, plutôt qu’au plus vaste cercle d’amis) tendent à se conformer aux canons de la prise de parole classique dans l’espace public: des messages plus structurés, désinvestis et moins personnels, se projetant vers l’avenir (fût-il proche).

Facebook a aussi fait étudier les statuts qui appellent le commentaire et ceux qui entraînent la recommandation. On constate là un usage complémentaire des deux fonctions: les mots classés positifs provoquent plutôt des «likes» et les négatifs des commentaires. De même, les messages longs et rédigés (notamment l’utilisation de pronoms) appellent de nombreuses interactions quand les statuts plus personnels éteignent la discussion (typiquement: les messages à tonalité religieuse obtiennent des recommandations mais pas de commentaires et ceux qui relatent la qualité du sommeil font fuir les deux).

Il faut toujours rappeler qu’il n’y a là que corrélations (des variables qui évoluent ensemble) et pas de causalité prouvée. On peut également souligner que les statistiques sur Facebook sont produites par Facebook et exploitées par les mêmes. Quel que soit le crédit que l’on puisse accorder à l’indépendance de la «data team», on note que les conclusions vont plutôt dans le sens de l’apaisement, des sentiments positifs, comportements que la société Facebook a intérêt à promouvoir.

Article initialement publié sur Le bac à sable, un blog Mediapart

Illustration CC: Kevin Saff

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Spotted: un écrivain sur Facebook http://owni.fr/2010/06/30/spotted-un-ecrivain-sur-facebook/ http://owni.fr/2010/06/30/spotted-un-ecrivain-sur-facebook/#comments Wed, 30 Jun 2010 18:14:54 +0000 Nadia Tiourtite http://owni.fr/?p=20749 Il est sur Facebook sous le nom de Madman Claro ; ses statuts ne manquent pas de rassembler, à chaque publication, une dizaine de commentateurs. L’ambiance est au rendez-vous littéraire, à l’atelier d’écriture, à l’ouvroir de littérature potentielle.

On y goûte le plaisir d’être dans l’antre de l’écrivain, son atelier d’alchimiste. Bref une littérature dans le flux, en action !

Lui : c’est l’écrivain-traducteur Claro, dont le CV littéraire IRL (in real life) est très impressionnant.

Il est le passeur en France de la littérature américaine contemporaine, comme Baudelaire en son temps : traducteur de Thomas Pynchon et de William T.Vollman, entre autres, il dirige également au Cherche midi la collection LOT49 consacrée à la fiction contemporaine anglo-saxonne.

Il est par ailleurs l’auteur prolifique d’une œuvre publiée chez Verticales ou encore Actes Sud.

Sa littérature est marquée par le détournement littéraire, l’expérimentation. Il aime à secouer les genres. ( cf son « Madman Bovary, remix original de l’œuvre de Flaubert).

Un auteur très amateur des « déplacements » de langue, donc.

Je n’ai pas résisté à l’envie de l’interroger sur sa dernière migration… Facebook.

Est-ce que tu as investi Facebook avec une intention littéraire en tête ? Était-ce d’abord un espace social ou un espace de publication ?

FB est un espace mi-privé mi-public, et mes interventions se limitent aux statuts et aux liens. Aucun projet, littéraire ou autre, à la base, juste l’envie de me plier à la contrainte du statut : un énoncé limité en signes, avec pour exigence : ne jamais se répéter, en faire le plus souvent possible, ne rien sauvegarder. Pour un écrivain, c’est assez fascinant de savoir qu’il est lu en direct, ce qui est à l’opposé de sa pratique habituelle. C’est donc une façon de tester un lectorat flottant, spontané, plus ou moins captif.

Es-tu surpris des commentaires que tu suscites ? Que penses-tu du côté atelier d’écriture, rendez-vous littéraire que joue ton mur ? Ces interactions comptent-elles pour toi ?

C’est amusant, parce que très souvent les commentaires sont une relance. Le jeu de mot ­ à la base de 75% de mes statuts, comme de ceux de pas mal d’autres facebookers, ­ en génère aussitôt d’autres. Souvent, quand un statut n’est ni liké ni commenté dans l’heure qui suit, je l’efface. L’aspect éphémère de l’exercice est en fait très stimulant, même s’il ne doit pas générer des énoncés irresponsables.

Est-ce que tu y fais ton miel par ailleurs ? Inspiration, matériau ? Est-ce que tu fais contrebande vers le offline de tes écrits Facebook ?

Le statut naît directement dans Facebook, il est hors de question d’en préparer à l’avance. Ça serait “tricher”, ce qui laisse à penser que FB est pour moi une sorte de jeu textuel (textuel, pas littéraire).

Comment travailles-tu tes statuts ? Mot d’humeur à la volée ou travaillé ? En flux ou tu stockes ?

Il faut que ça reste instinctif. Le but est, curieusement, de se surprendre soi-même. Mais un des buts premiers, puisqu’il y a interaction, et interaction immédiate, c’est de provoquer un effet de lecture, et bien souvent on espère que cet effet sera de l’ordre du rire. FB ne doit pas être sérieux selon moi.

As-tu identifié, avec ta pratique, la typologie d’un statut réussi ? Qu’est-ce que pour tes lecteurs un statut réussi (au nombre de réactions ?) Les deux se croisent-ils ?

Pour moi, un statut réussi, c’est un statut qui fait se rejoindre l’incongruité du fond et l’évidence de la forme. Autrement dit, c’est comme une formule magique dont personne ne sait à quoi elle sert. Pour ceux qui lisent, le statut réussi c’est souvent le statut qui est dans l’excès, qui semble provocateur, limite. FB c’est souvent une machine à produire de l’affect.

Pour finir, à quoi ressemblerait une œuvre littéraire made in Facebook ? Le statut est-il un objet littéraire ?

Il y a un éditeur (belge) qui publie des recueils de statuts, il m’a même proposé d’éditer les miens. J’ai refusé, évidemment. Le statut est une forme abâtardie de la pulsion aphoristique (tiens tiens, voilà qui ferait un super statut, un peu sérieux, mais bon). Mais pour moi, son charme premier est de disparaître, soit en étant effacé, soit simplement parce qu’il coule sur la page telles les lignes de code de la Matrix. Ce n’est pas un objet littéraire, c’est un énoncé éphémère, juste un papillon un peu bavard.

En savoir plus sur Claro

-son blog : http://towardgrace.blogspot.com/

Le FRIC FRAC CLUB, club littéraire en ligne dont il est cofondateur

Dernière oeuvre à paraître : Cosmoz à paraître le 18 août 2010 chez Actes Sud

Image spéciale dédicace by Elsa Secco /-)

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